Déposez votre candidature maintenant !
Cliquez-ici

Les gagnants du Luxembourg Art Prize

Les trois lauréats du Luxembourg Art Prize 2021 sont...

Les 3 lauréats de la 7ème édition du Luxembourg Art prize sont des artistes du Brésil, du Canada et de la Lituanie :

1er prix : Celina Portella, Brésil
2ème prix : Francis O'Shaughnessy, Canada
3ème prix : Laisvydė Šalčiūtė, Lituanie.

Ensemble, les lauréats se partagent la somme de 80.000€ (environ US$100,000) à dépenser comme bon leur semble et répartie selon leur classement établi par le jury indépendant. Ils gagnent respectivement 50.000€, 20.000€ et 10.000€.

Celina Portella (Brésil), 1ère lauréate du Luxembourg Art Prize 2021

Celina Portella est née à Rio de Janeiro au Brésil en 1977. Elle a 44 ans en 2021. Elle vit et travaille à Rio de Janeiro. Elle a obtenue une Maîtrise d’Arts Plastiques à l’Université St. Denis/Paris VIII, France et est diplômée en Design et communication visuelle à PUC-RJ, Rio de Janeiro, Brésil.

Les artistes qui l’inspirent sont Andrea Fraser, Erwin Wurm, Helena Almeida, Yvonne Rainer, Ana Linnemann, Lenora de Barros, Carmela Gross, Trisha Brown, Liliana Porter, Rebecca Horn, Fischli & Weiss, Robert Morris, Richard Sierra et Dennis-Oppenheim.

Elle gagne la somme de 50.000€ correspondant au 1er prix, les félicitations du musée et des membres du jury. Elle est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

« Je m'intéresse particulièrement à la recherche interdisciplinaire sur l'image, le mouvement et le corps. Mes recherches mettent en relation des éléments de photographie et de vidéo, sur différents supports. Ces dernières années, j'ai travaillé avec des installations, sur des œuvres qui se caractérisent notamment par un questionnement sur la représentation du corps et son rapport à l'espace. À l'intersection de plusieurs genres, impliqués simultanément, je touche aux mondes de la danse, de la performance, de l'architecture, du cinéma et, plus récemment, de la sculpture.

Mon travail a un lien profond avec l'univers chorégraphique, en raison de mon expérience professionnelle avec la danse, en tant que danseuse et co-créatrice, d'où découle précisément mon intérêt pour les actions du corps et les problèmes de sa représentation.

Après mes premières vidéos, j'ai développé une recherche approfondie sur la projection du corps en grandeur nature et la superposition d'images, en incorporant la matérialité architecturale dans le travail. Les projections m'ont conduit à un questionnement spécifique sur le support de la vidéo et de l'image et à l'exploration de nouveaux médiums et technologies.

J'ai alors commencé à créer une série d'œuvres où le corps apparaît dans l'image en interaction avec les limites de son cadre, incluant matériellement le monde des objets, ou de la sculpture, dans un champ originellement virtuel. En proposant une interaction entre l'expression corporelle et le médium, je cherche à faire de la photographie et de la vidéo des éléments structurels de l'œuvre elle-même, de sorte que performance et médium se conjuguent, devenant indissociables.

Le point central de mon travail converge donc vers la limite entre la réalité virtuelle et les actions corporelles, dans une tentative de brouiller leurs frontières et de confondre le réel avec l'univers de la fiction. Avec l'artifice du trompe-l'œil et l'intégration radicale des médiums, je travaille sur le terrain ambigu entre le matériel et l'immatériel, entre l'objectivité du monde et l'illusion.»

Œuvre sélectionnée :
« Corte/1 » (Coupe/1), 2019, Photographie découpée, 135x95 cm (53x37 in.)

Description :
« Dans l'œuvre "Corte/1", le papier où est imprimée la photographie est physiquement découpé de manière à ce que la coupe réelle corresponde à l'action représentée dans l'image. L'œuvre fait partie d'une série dans laquelle je matérialise l'action représentée dans les images, dans les supports des œuvres, en photographie, vidéo et toile. Mon corps, en interaction avec l'image elle-même, découpe le papier qui la matérialise, modifiant ma propre représentation et créant un lien entre l'image et la matière. »

Francis O'Shaughnessy (Canada), 2ème lauréat du Luxembourg Art Prize 2021

Francis O'Shaughnessy est né en 1980 à Lévis, Québec au Canada. Il a 41 ans en 2021. Il vit à Montréal dans la province du Québec au Canada. Il a obtenu en 2016 un Doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal (Canada).

Les artistes qui l’inspirent sont Sally Mann, Alex Timmermans et Borut Peterlin.

Il gagne la somme de 20.000€ correspondant au 2ème prix, les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

« En raison de la pandémie de COVID-19, il a été difficile pour moi de poursuivre mes recherches photographiques, puisque je ne pouvais pas recevoir de modèles pour mes études. J’ai alors eu l’idée d’installer un appareil à soufflet devant un ordinateur pour convertir des représentations numériques inédites en collodion humide. Je voulais revisiter des productions antérieures et « recontextualiser », réinterpréter mes coups de coeur. Le résultat s’est avéré si intéressant que j’ai réalisé une série. De la sorte, j’ai arrimé des procédés antiques avec la technologie d’aujourd’hui.

À contre-courant de la photographie numérique, le collodion humide est un processus ancestral qui est à l’origine de la photographie (1851). Brièvement, il s’agit d’une technique dans lequel je fabrique un sirop jaunâtre nommé collodion humide que j’enduis sur une plaque en aluminium. Ensuite, j’insère cette dernière dans un appareil à soufflet pour faire une prise de vue. Avec différents composants chimiques, je révèle la plaque en négatif et ensuite en positif. Je vernis la matrice en aluminium afin de pouvoir conserver mon épreuve intacte durant un siècle. Pour finir, je numérise ma plaque pour faire des tirages sur papier en grand format.

À partir de ce médium traditionnel, j’interroge la matérialité de l’image en mettant en avant les erreurs, les accidents, les imperfections et les qualités de flous. C’est le savoir-faire entièrement manuel qui m’intéresse. J’ai besoin de m’investir dans un art qui stimule les sens. Autrement dit, je mise sur l’humain au profit de l’immatérialité et de la machine (faire de la postproduction devant mon ordinateur). C’est une évolution inverse par rapport à la masse, car ma chambre noire est mon logiciel de retouche. J’aime penser que je participe à l’avant-garde artistique antique, un mouvement qui met en scène des photographes contemporains qui résistent aux méthodes et aux procédés technologiques actuels.

Dans la pratique du collodion, il n’y a pas d’instant décisif, il n’y a que du temps. C’est passer en vitesse « slow photographie », parce que j’enregistre des durées plutôt que des instants. L’écriture du temps est visible : le collodion qui a coulé sur la plaque ou encore séché avec la durée. La slow photographie, c’est travailler avec la lenteur du processus, une vitesse qui est appréciée à une époque où tout va à la course. »

Œuvre sélectionnée :
« Plaque 58 », 2020 - Collodion humide

Description :
« Depuis 2021, je tente de provoquer davantage d’accidents à caractères picturaux; c’est ma nouvelle piste en recherche-création. Il m’a fallu réaliser plus de 160 plaques (réussies et ratées) de collodion humide pour comprendre comment valoriser les textures formelles dans mon travail. Ces textures formelles s’apparentent par endroit à de la peinture tout en s’éloignant partiellement de la description du réel. Depuis le début de la COVID-19, dans cette étude, je ne cherche pas un retour vers le (néo)pictorialisme; mais une idée de la peinture contemporaine par l’intermédiaire d’une photographie qui s’abstient de la copier. Pour obtenir des images éclatées, je fais ressortir des productions qui favorisent la folie et les accidents de l’auteur pour laisser une forte signature visuelle au spectateur. »

Laisvydė Šalčiūtė (Lituanie), 3ème lauréate du Luxembourg Art Prize 2021

Laisvydė Šalčiūtė est née en 1964 en Lituanie. Elle a 57 ans en 2021. Elle a obtenu un doctorat en Arts de la Vilnius Academy of Arts (Lituanie) en 2018.

Les artistes qui l’inspirent sont Barbara Kruger, Grayson Perry, John Baldessari, Louise Bourgeois, Neo Rauch, Marcel Dzama et Hernan Bas.

Elle gagne la somme de 10.000€ correspondant au 3ème prix, les félicitations du musée et des membres du jury. Elle est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

« Les œuvres proposées pour le Luxembourg Art Prize appartiennent à la série « Melusine’s Paradise ». Il s’agit d’un conte visuel pour adultes, à la fois provocant et amusant, inspiré des statistiques bayésiennes. Celles-ci se fondent sur un théorème de probabilité, qui détermine la probabilité selon laquelle seule une partie de l’information est connue lorsqu’on observe une situation. Un programme informatique « anti-spam » a été créé sur la base du théorème bayésien.

Bien peu contesteraient le fait que le PARADIS est le lieu le plus heureux et respectueux de l’environnement que l’on puisse trouver, et que le « spam » n’est qu’un déchet qui contribue à la « pollution informative » actuelle. Le spam n’est pas respectueux de l’environnement. Dans notre quotidien, nous sommes constamment entourés d’informations et d’images numériques qui nous « racontent des histoires », transforment des idées en visuels, créent la confusion et diluent l’information à l’infini, tout en versant dans le contenu tire-larmes. Je perçois ce flux visuel et informationnel comme étant non écologique, et je tente de m’y opposer. C’est pourquoi j’ai mis au point un genre de méthode créative « eco-friendly » : je collecte des images qui m’intéressent et des textes au hasard sur Internet, je les recycle, comme on le ferait avec des bouteilles en plastique, et je les réécris en changeant leur contexte et leur signification par le principe de paradoxe. Puis je les utilise à nouveau pour une nouvelle œuvre afin de créer un conte de fées visuel pour adultes, qui présente notre réalité telle qu’elle est construite par la représentation. Les contes et histoires sont un média en eux-mêmes. Depuis l’aube des temps, l’humanité exprime ses expériences spirituelles et concrètes à travers les contes, véritable langage universel. C’est également le résultat que je souhaite obtenir avec mon œuvre. Mélusine, mon anti-héroïne fictive, est majoritairement présente dans mon œuvre. Elle s’exprime de façon ironique et métaphorique sur les relations, le statut et l’anti-statut social de notre vie contemporaine, dont elle dépend également, mais aussi sur les mystifications théâtrales de notre société consumériste et l’idiotie tragicomique qui en émerge, motivés par la recherche de la plus grande des valeurs de notre société de consommateurs : une "vie heureuse". »

Œuvre sélectionnée :
« The Rape of Europe », 2019 (« Le Rapt d’Europe »), Gravure sur bois, huile et acrylique sur toile, 159 x 159 cm (63 x 63 in.)

Description :
« Le personnage auréolé et aux yeux illuminés est de ma création. Il s’inspire de la Mélusine (prononciation française : [melyzin]) ou Melusina, une figure de la mythologie et du folklore européens, et que l’on retrouve dans toutes mes œuvres récentes. La méthode de réalisation (la technique) de ces œuvres débute par une gravure sur bois, dont le dessin est ensuite transféré sur une toile à l’aide d’une cuillère permettant de brosser minutieusement la peinture à l’huile à la main, du « dessin » à la toile. Une fois la toile sèche, je termine la peinture à la main. Documentaire vidéo de la méthode : https://youtu.be/wC2iAaOGiVs
J’ai créé cette série d’œuvres impliquant mon personnage de Melusine à l’occasion de mon invitation par le musée du Palais ducal de Mantoue (Italie) pour l’exposition « Coming Out » avec le sculpteur italien Gehard Demetz en 2019. Mon choix de support artistique pour l’exposition au musée du Palais ducal n’est pas dû au hasard : la méthode que j’utilise est chronophage et nécessite beaucoup de travail à la main et de patience. Ce choix s’intègre dans un dialogue avec les artistes des œuvres présentes dans le Palais d’origine, et avec le sculpteur Gehard Demetz. Les œuvres que j’ai créées en pensant à cette exposition concernent les émotions. Elles sont (auto-) ironiques. Il faut un corps pour ressentir des émotions. C’est pourquoi j’ai utilisé mes mains comme outils pour créer ces œuvres, car elles sont étroitement reliées à mon cerveau, où résident les émotions. J’ai gravé le bois à la main, car l’arbre dont il provient possède également un corps pouvant ressentir des émotions, cet arbre a une histoire : il pousse, il bourgeonne, de nombreuses choses se passent autour de lui et soudain, quelqu’un le coupe. J’étends son histoire, en quelque sorte, en le gravant, puis je peins sur toile de nouvelles histoires sur les émotions des personnes modernes. »

Lionel Sabatté, lauréat du Luxembourg Art Prize 2020

Lionel Sabatté est né à Toulouse (France) en 1975. Vit et travaille à Paris (France) et à Los Angeles (Californie, USA). Il est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2003.

Les artistes qui l’inspirent sont : Alberto Giacometti, Pierre Soulages, Thomas Houseago et Paul Rebeyrolle.

Il gagne la somme de 50.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

La sphère du vivant ainsi que les transformations de la matière dues au passage du temps se retrouvent au coeur du travail de l'artiste, qui entame depuis plusieurs années un processus de récolte de matériaux qui portent en eux la trace d’un vécu : poussière, cendre, charbon, peaux mortes, souches d’arbres... Ces éléments sont combinés de manière inattendue et les œuvres ainsi créées portent en elles à la fois une délicatesse mais aussi une « inquiétante étrangeté », donnant vie à un bestiaire hybride dans lequel des créatures des profondeurs abyssales côtoient des petits oiseaux des îles oxydés, des ours, des loups, des émeus, des chouettes, mais aussi des licornes …

Pratiquant à la fois la peinture, le dessin et la sculpture, Lionel Sabatté tâche de faire dialoguer l’ensemble de ses oeuvres dans une interconnexion permanente. Ses recherches sur le minéral, l’animal, l’organique en somme, donne lieu à des oeuvres poétiques, sensibles, troublantes et qui participent à une réflexion globale sur notre condition et la place que nous occupons dans notre environnement.

« Le recyclage activiste de Sabatté ne se résume pas à un souci écologique et environnemental. On peut hasarder un « saut » salvateur. Ce recyclage témoignerait, peut-être, d’un jeu d’inquiétudes pour la survie du vivant, de l’attente d’un sursaut pour l’échappée espérée d’une implacable condition existentielle informulable, désormais, dans les termes simplement « humanistes » de l’après-guerre. Les collectes de « moutons de poussières » effectuées à la station de métro Châtelet à Paris, le recollement des peaux mortes auprès des pédicures afin de les enter à des ferrailles, à du bois, du ciment, des arbres morts, rappellent l’industrie des chiffonniers d’antan et l’activité de ramassage des enfants et des femmes recherchant dans les amas et les montagnes d’ordures des décharges sauvages d’Afrique et d’Asie de quoi consommer, échanger, vendre, pour survivre. Le chiffonnier, évoqué par Baudelaire, cette « figure la plus provocatrice de la misère humaine » selon Benjamin, est celui qui cueille tout : « les vieux papiers, les bouchons, les os, les rognures de carton, les clous, le verre cassé, les chats et les chiens morts jetés sur la voie publique, en violation des ordonnances, les cheveux, en un mot tout ce qui pourra être vendu ». Dans les tas d’ordures, les rejets, les résidus, le rebut, Victor Hugo décelait « la prairie en fleur », l’herbe verte, la vie. Les œuvres de Sabatté parcourent tous ces registres et nous fait entendre, en écho, cette notation de Benjamin comparant l’écrivain Siegfried Kracauer à cette figure du Lumpenprolétariat (« prolétariat en haillons »): « Un chiffonnier, au petit matin – dans l’aube du jour de la révolution ». C’est ainsi qu’il faut voir ce jeu de navette entre nature et culture qui se déporte, tout en acceptant de les aborder, de toutes les réflexions sur ce thème central de la pensée occidentale » — Bernard Ceysson, 2019.

Œuvre sélectionnée :
« Fortune rouge et sous cutanée », 2019 – Huile sur toile. 130x130cm (51 x 51 in.)

Description:
« Mes toiles peintes à l’huile et à l’acrylique ouvrent un dialogue avec les autres médiums au sein desquels mon univers plastique déploie toute sa richesse. Je me sers des couleurs fondues les unes aux autres et j'accorde une importance primordiale à la dimension aqueuse qui donne à l'oeuvre son aspect organique, minéral. À partir de touches vives et contrastées, je fais écho aux traces du temps, aux perpétuels changements naturels et au mouvement inhérent à toute forme de vie. Si des motifs peuvent surgir de ces peintures mystiques, proches d'une esthétique du chaos (dans la mythologie grecque, "Chaos" est une entité primordiale d'où naît l'univers), l'imagination est laissée libre au spectateur qui peut déceler, dans chaque toile, tantôt un oeil, tantôt un oiseau, une méduse, un paysage vu du ciel, ou encore le ciel lui-même. »

Jenny Ymker
Lauréate du Luxembourg Art Prize 2019

Jenny Ymker est née en 1969 aux Pays-Bas. Elle vit à Tilburg aux Pays-Bas. Elle a fréquenté la Constantijn Huygens, Academy of Arts, Kampen (aujourd’hui ArtEZ Zwolle)

Les artistes qui l’inspirent sont : Cindy Sherman, Francesca Woodman, Grayson Perry et Louise Bourgeois.

C’était sa 3ème participation au Luxembourg Art Prize.

Elle gagne la somme de 50.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Elle est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

« Le monde de l’imaginaire peut sembler plus réel que la réalité elle-même »

Depuis 2013, mon travail consiste à tisser des photos sous forme de tapisserie de Gobelins.
À l’origine, le terme « Gobelin » pouvait uniquement être utilisé pour les tapisseries réalisées dans la manufacture des Gobelins à Paris. Aujourd’hui, il est utilisé pour parler des tapisseries tissées d’une manière générale. J’utilise le terme Gobelin parce que j’aime la sonorité du mot, mais surtout parce qu’il a une connotation historique.

À l’origine, les Gobelins étaient destinés à isoler les murs froids à l’intérieur des châteaux. Très tôt, la fonction décorative de ces tapisseries est cependant devenue prépondérante. Traditionnellement, les Gobelins racontent des histoires. J’utilise la forme moderne de cette technique de tissage ancestrale pour représenter des récits d’aujourd’hui.

Dans mon travail, je dépeins des situations afin d’évoquer des histoires chez les spectateurs. J’essaie toujours de ne pas être trop littérale, les spectateurs ont alors un espace pour découvrir leurs propres histoires. Je pense que l’évocation d’histoires est importante, car j’estime que notre capacité à les raconter est une partie essentielle de notre être. J’ai longtemps travaillé dans le secteur de la santé. Là, j’ai compris que si une personne n’était plus capable de parler d’un événement, même anodin, elle perdrait progressivement le sentiment de signifier quelque chose, de « compter ».

Lorsque j’ai une idée pour une nouvelle œuvre, j’essaie de trouver un emplacement adapté, mais aussi les vêtements, chaussures et accessoires qui vont avec.
Sur place, je mets en scène l’ensemble de la situation, puis je prends des photos à l’aide d’un retardateur ou en faisant appel à un assistant.
L’un des grands thèmes de mon œuvre est l’aliénation. Je choisis soigneusement des robes, des sacs, des chaussures du passé. Avec eux, je veux renforcer le sentiment d’aliénation de l’environnement.
C’est également cette logique qui est à l’origine de ma décision de tisser plutôt que d’imprimer.

Mes travaux sont en quelque sorte des performances personnelles que j’immortalise en photo.
Dans toutes mes œuvres, je suis moi-même le modèle. Bien sûr, c’est pratique parce que je suis toujours disponible. Mais pour moi, c’est également un élément essentiel du processus de création : créer un certain « monde » et en faire partie moi-même à ce moment précis, pour vivre un instant cette situation.

Lorsque j’obtiens une bonne photo, je la transforme en motif de tissage. Avec le tisserand, je choisis les bonnes couleurs de fils de laine et de coton. Ensuite, quelques échantillons sont tissés. En me basant sur ces échantillons, je peux encore apporter des modifications et des ajustements, après quoi le Gobelin final est tissé.
En fonction de l’image, je détermine si le Gobelin doit être tissé en couleur ou en noir/gris/blanc. Sur certains Gobelins, je brode ensuite des parties de l’image pour mettre en valeur certains éléments pour appuyer le thème de l’œuvre.

J’adore la technique de tissage des Gobelins et la broderie, car j’aime le labyrinthe de fils colorés qui tous ensemble forment une image.
J’utilise le charme du matériau pour que les spectateurs s’approchent jusqu’à s’apercevoir que ce que je représente n’est pas toujours si joli.

Œuvre sélectionnée :
«Vervlogen (Bygone)», 2018, Arts Décoratifs, Gobelin (Tapisserie tissée, laine et coton), 193x291 cm (76 x 115 in)

Description:
"Cette tapisserie parle de lâcher prise."

Ludovic Thiriez
Lauréat du Luxembourg Art Prize 2018

Ludovic Thiriez est né en 1984 en France. Il vit en Hongrie avec sa femme et ses enfants. Il est principalement autodidacte et a suivi un programme de peinture pendant 1 an à l’école des Beaux-Arts de Budapest en Hongrie.

Les artistes qui l’inspirent sont : Adrian Ghenie, Albert Oehlen, Cecily Brown, Gerhard Richter, Marlene Dumas, Maurizio Cattelan, Michaël Borremans, Neo Rauch et Peter Doig.

C’était sa première participation au Luxembourg Art Prize.

Il gagne la somme de 25.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

Sa démarche artistique :

La vie est une accumulation d'expériences et de sentiments. C'est en partant de cette idée que j’ai trouvé un processus de création dans ma peinture. L’idée est de superposer des éléments et des styles différents pour créer un nouvel équilibre. J'ai passé mon enfance à rêver. Mes parents me disaient toujours que j'avais la tête dans les nuages. Aujourd’hui avec un certain recul, je puise dans l'imaginaire de mon enfance et des contes. Mes inspirations viennent souvent de photos anciennes ou bien de mes propres clichés.

L’usage des broderies et des animaux est assez récurrent dans mes tableaux. Les broderies font référence à la transmission des connaissances entre les générations. En Hongrie où je suis basé, chaque région possédait ses motifs et son style. La qualité des broderies présentes dans une maison mettait en valeur les qualités et le savoir-faire de la femme. Ce savoir-faire se passait de mère en fille.

Les animaux font partie de l’imaginaire des enfants et sont très présents dans les contes. J’en use comme un symbole de narration pour mes propres histoires, ils deviennent parfois des personnages à part entière.

L’enfance est un fabuleux miroir de l’humanité ou l’on y trouve de la douceur, du jeu, de la violence, de la tendresse, du vice, des questions, de l'amour, etc. Une matière à l ‘état brut que le temps va façonner. L’enfant prend conscience lentement de son état d’Homme avec beaucoup de pureté et de naïveté. C’est cet instant que j’essaye de capturer dans mon travail et ma recherche. J’observe cette transition, choisis mes instants, délocalise mes sujets pour retranscrire une sensation. Michaël Borremans, un peintre contemporain que j’admire, disait pour une de ses expositions que moins une peinture a besoin d'explication meilleure elle est. Quand « j’installe » différents éléments dans une toile j'essaye toujours de garder cette idée en tête. C’est à la fois très difficile et passionnant de composer, de savoir à quel moment l’histoire s’arrête ou continue. Parfois mes toiles se chargent naturellement, parfois elles restent très épurées en fonction du sentiment qui s’en dégage au fur et à mesure que je peins.

Œuvre sélectionnée :
« Le garçon du voisinage » (« The boy from the neighborhood »), Acrylique, encre, huile sur toile de lin, 140 x 170 cm

Description :
On voit un groupe d'enfants souriant et s'amusant, ils rient. Il y a aussi ce petit garçon traité de manière plus abstraite : "le voisin", il a l'air plus sur ses gardes et moins rassuré. Un autre enfant pointe du doigt quelque chose qui se trouve en dehors de la toile, un quelque chose qui a aussi peut être effrayé les oiseaux. Et puis cette ligne jaune, une esquisse, une construction géométrique temporaire, qui se dresse au milieu du marécage comme dans un rêve qui s'échappe et qui va passer à autre chose.

Jarik Jongman
Lauréat du Luxembourg Art Prize 2017

Jarik Jongman est né en 1962 à Amsterdam aux Pays-Bas. Il vit et travaille à Amsterdam. Les artistes qui l’inspirent sont Adrian Ghenie, Anselm Kiefer et Peter Doig. Il est diplômé de l’Académie des Arts d’Arnhem aux Pays-Bas. Il travaille comme serveur.

2ème candidature au Luxembourg Art Prize (2016, 2017)

Il gagne la somme de 25.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

Dans son œuvre, tout au long de ces années, l’artiste a été fasciné par les notions de fugacité, d’ontologie, de religion et d’histoire.

Nombre de ses œuvres impliquent l’architecture sous l’une ou l’autre forme : chambres de motels, salles d’attente et bâtiments délabrés, souvent dépourvus de présence humaine, causant fréquemment des sentiments de nostalgie et de contemplation, avec sans doute une touche de miraculeux ou de surnaturel.

Dans son dernier travail, conçu spécialement pour le Luxembourg Art Prize, il se concentre sur ce qu’il perçoit comme étant le principal développement tragique de notre époque. Comme pour tous les changements de paradigme, les bases ont été posées il y a plusieurs décennies et nous assistons à tout ce qui se développe de plus en plus dans un désarroi.

La pression socio-économique, l’immigration, la crise des réfugiés, le terrorisme international et les problèmes climatiques causent de l’anxiété à l’échelle globale. Sous-jacente au sentiment de peur et de manque de contrôle que ces problèmes provoquent, notre société post-vérité émerge, incarnée comme nulle autre par Donal Trump, Président des États-Unis.

L’artiste a utilisé le modernisme, ou plus spécifiquement l’architecture moderniste, comme point de départ pour l’idée qu’il incarnait un esprit plutôt utopiste, abritant des visions idéales de la vie et de la société humaines, ainsi qu’une croyance dans le progrès. Le modernisme était très préoccupé par le rapprochement d’une nouvelle forme architecturale et d’une réforme sociale, créant une société plus ouverte et transparente qui croit en la perfectibilité humaine dans un monde sans Dieu.

La montée en puissance de Joseph Staline a poussé le gouvernement soviétique à rejeter le modernisme au motif d’un prétendu élitisme. Le gouvernement nazi d’Allemagne a jugé le modernisme narcissique et absurde, ainsi que les « Juifs » et les « Nègres ». Les nazis ont exposé des peintures modernistes aux côtés d’œuvres de malades mentaux dans une exposition intitulée « Art dégénéré ». Les accusations de « formalisme » pouvaient mener à la fin d’une carrière, ou pire encore. C’est pour cette raison que de nombreux modernistes de la génération de l’après-guerre ont estimé qu’ils étaient le rempart le plus important contre le totalitarisme, le « canari dans la mine de charbon ».

Les tableaux présentés par l’artiste au Luxembourg Art Prize abordent ces idées. L’objectif est de transmettre un sentiment d’imminence, le feu y jouant un rôle important. Le feu est l’ancien symbole de la transformation, une constante métaphysique du monde.

Ces bâtiments et ces villas dont la signification a été élargie, passant de la simple fonctionnalité à un statut iconique et symbolique, il les dépeint comme des structures sublimes, transcendantales, convoitées et menacées par des forces impénétrables et menaçantes.

Le sentiment de menace est palpable ; des forces impénétrables et menaçantes envahissent ce symbole de modernité et d’illumination.

"It’s Gonna be Great, it’s Gonna be Fantastic" - 2017 - Huile sur panneaux - 180 x 244 cm

John Haverty
Lauréat du Luxembourg Art Prize 2016

John Haverty est né en 1986 à Boston aux Etats-Unis. Il est de nationalité américaine, et il vit dans le Massachusetts aux Etats-Unis. Les artistes qui l’inspirent sont Dieric Bouts, Hieronymus Bosch et Salvador Dalí. Il a obtenu en 2015 un Masters of Fine Arts au Savannah College of Art and Design à Savannah, Georgia et en 2010 un Bachelor of Fine Arts à l’Université du Massachusetts à Amherst, Massachusetts. Il travaille dans une compagnie aérienne.

Il gagne la somme de 25.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

Proche du chamanisme, la peinture de John Haverty porte en elle une force introspective ultra visible. « Chaque peinture est un voyage personnel pour moi ». Attaché aux albums rétro des années 60-80, à la culture du skateboard, et à la culture Hot Rod, l’artiste mélange ses intérêts avec ses voyages, « mais je préfère que chacun regarde mon art par lui-même, développe son propre opinion et apporte son imagerie autour de mes œuvres ».
Lunatiques, étranges, féériques, beaux, ou laids, tout dépend, les dessins de l’artiste John Haverty le racontent, « quand je travaille, je me perds. Je suis comme un enfant curieux dans un pays des merveilles psychédéliques ». Ses stylos peuvent ainsi passer des heures sur des détails, des lignes qui l’hypnotisent. Chaque ligne ou point est important pour lui, faisant de son travail une peinture complexe. Mais rarement l’idée qui le guide est complète, « chaque jour est différent, il y a de l’inconnu dans le processus créatif. Comme chaque jour est différent, chaque humeur est différente ». Plus tard en contemplant la pièce finie il retrouve les sentiments et pensées qui l’ont parcouru durant ce voyage, « j’ai des photos qui montrent la réalité de mon passé. Mais mes tableaux montrent les sentiments de mon passé ».
C’est un peu comme ça qu’est apparu son projet monumental, ce tableau géant qu’il a commencé en 2013 : Gangrene. « Mon art, comme l’infection, est un ensemble qui continue de croître organiquement. Gangrène présente un festin visuel ambigu, qui met en lumière des problèmes embarrassant la société… ». Grangrene est une œuvre visuellement violente, qui capte l’œil fortement. La plupart des peintures qui constituent la fresque ont été créées dans sa vingtaine, une période déroutante et pleine de frustration pour beaucoup de gens, et ses peintures émettent beaucoup de ses sentiments. Pourtant John Haverty ne se considère pas comme une personne en colère, les raisons de cette violence viennent d’ailleurs, « ado, je regardais beaucoup de films d’horreur. Le frisson d’être effrayé, et l’amour des monstres classiques, sont mélangés à mes voyages et m’influencent beaucoup. A Cape Cod, ma maison du bord de plage est plutôt sinistre, parfois je sens que je suis en présence d’esprits. Je pense que d’une certaine façon tout cela m’intéresse ».
Par son travail monumental, le peintre donne à voir des œuvres immersives devant lesquels le spectateur s’implique autant psychologiquement que physiquement. « J’ai du mal à utiliser les mots pour expliquer mes peintures. L’intérêt pour moi est visuel. Mon objectif est de capter l’attention du spectateur plus qu’une poignée de secondes ».

« Circus », 2015, Série « Gangrene », Stylo et aquarelle sur papier, 120 x 120 cm, Unique

Albert Janzen
Lauréat du Luxembourg Art Prize 2015

Albert Janzen est né en 1989 à Sibirskij en Russie. Il a 26 ans. De nationalité allemande, il vit à Amsterdam aux Pays-Bas. Les artistes qui l’inspirent sont Gerhard Richter, Cy Twombly, Zao Wou-Ki et Antonio Murado.

Il gagne la somme de 10.000€ versée sur son compte bancaire et les félicitations du musée et des membres du jury. Il est libre d’utiliser cet argent comme bon lui semble.

J’examine les aspects fondamentaux des images, c’est à dire la ligne. Les lignes sont les moyens les plus intuitifs pour percevoir et comprendre notre environnement. Chaque reconnaissance de structures visuelles dépend de la reconnaissance de lignes. Cette dépendance est due à l’absolue simplicité des lignes. Elles sont tellement simples que rien ne peut être conçu sans elles. Tout peut être construit avec des lignes, mais rien ne construit les lignes. Le seul candidat à une structure sous-jacente à la ligne est le point. Cependant, comme les points sont des éléments importants de mes dessins, je les considère comme fondamentaux de la même manière. L’extrême simplicité de la ligne fournit une esthétique indépendante. Elle ne représente pas une idée puisqu’elle n’est construite par rien d’autre qu’elle. Pour révéler son pouvoir esthétique la ligne a besoin d’être son propre référentiel. Je dessine des lignes non pour construire quelque chose, mais simplement pour dessiner des lignes. Les formes et les motifs qui apparaissent dans mes dessins n’ont pas d’autre intention que de révéler les mouvements des lignes. Celui qui regarde mes lignes est confronté à une entité indépendante.

Albert Janzen

Sans Titre, 2015. Cinq feutres noirs sur tableau blanc (œuvre éphémère photographiée avant destruction). Impression sur Forex. Œuvre unique. Edition 1/1. 150 x 200 cm

Pin It on Pinterest

Partagez cela

Partagez cette page avec vos amis !